Episode 4 : Les Colonnes du Monde Perdu

Jour 8

Il pleut à nouveau sur les rives de la Lena. On range l’ensemble de nos affaires, en grignotant par-ci par-là un petit bout de pain recouvert de lait concentré sucré. Pour limiter les frais, un ami d’Alexander, nommé Constantine, nous amènera en Jeep jusqu’à Bottomaï, le village de pêcheur qui est en face du Parc National des Colonnes de la Lena, sur la rive habitée. Ensuite, deux autres amis, Ruslan et Dima, nous rejoindront avec leur bateau et nous aideront à passer sur la rive sauvage, où les immenses Colonnes nous attendent.

Arrivée à Batamaï, avec toute l’équipe, Alexander et Constantine.
(c) Clément Belleudy

Il nous faut deux heures de Jeep, à même les plages et chemin de terre détrempés, pour atteindre Bottomaï. Le spectacle est de taille : derrière les 4 kilomètres de Lena s’étendent à perte de vue les piliers orangés, couvrant une distance de plus de 45 kilomètres. Bottomaï est un village typique de la Sibérie : des grandes maisons en bois, très espacées, en très petit nombre, sur un pré verdoyant et gigantesque bordant une plage elle-même imposante. L’ambiance est bretonne, avec beaucoup de vent et d’humidité. Les deux amis au bateau n’arriveront qu’en fin de journée, pour patienter Alexander nous fait louer une bâtisse à un paysan. On a accès à de l’eau chaude, ainsi qu’à des lits qui semblent déjà fréquentés par des souris.La traversée de la Lena est une étape magnifique de notre périple. On empile les bagages sur le minuscule bateau gonflable à moteur, en veillant à ce que rien ne puisse tomber, on enfile les gilets de sauvetage, Iana se cale entre deux sacs, et nous voilà parti pour … 10 minutes de traversée !! Plus on se rapproche de la rive sauvage, et plus les Colonnes grandissent. Elles sont somptueuses. L’exploration verticale nous démange d’ores et déjà. A l’arrivée, une belle surprise nous attend, il y a plusieurs cabanes où vivent les gardes du Parc National de Lensky Stolby. Les deux jeunes nous proposent de nous laisser la leur pour notre séjour, sous réserve qu’il n’y ait pas de touristes fortunés qui demandent à la louer. C’est un luxe auquel on n’aurait jamais osé rêver. Tout est plutôt trivial, en bois, avec peu d’espace, mais au moins on a de quoi être au sec, et allonger convenablement.

A gauche, le copain blanc de Iana, avec ma chienne et moi. A droite, le déchargement des affaires à Batamaï, et la photo de groupe avec Virgile et Constantine.
(c) Clément Belleudy

Le groupe électrogène du Parc est mis en route le soir, entre 20h et 22h. C’est le moment où nous rechargeons toutes les batteries (appareils photos, ordinateurs, etc). Notre ami Alexander nous a accompagné sur la rive du Parc pour nous servir de guide et de traducteur les premiers jours, il devrait nous abandonner ensuite lorsque nous commenceront à grimper.

A gauche, Virgile au sommet des Colonnes. A droite, le repérage au sommet des Colonnes, et la cabane du Parc.
(c) Clément Belleudy

Jour 9 et 10

Les deux premiers jours sont exclusivement utilisés pour repérer des lignes potentielles d’escalade, et étudier le rocher et la structure des Colonnes. C’est un temps très important de l’aventure verticale et de l’ouverture en escalade traditionnelle. Connaissant la réputation du rocher, on cherche principalement des lignes de fissures, les plus propres possible, dans des zones aux couleurs saines.

Tout d’abord, on utilise le chemin de randonnée, qui contourne les falaises et permet de monter au sommet des Colonnes de la Lena, où il y a un petit plateau et un promontoire. De là, on peut observer le sommet des structures rocheuses. Dans un second temps, on redescend sur la plage de galet et on passe de nombreuses heures à marcher d’un côté et de l’autre des cabanes, afin d’observer aux jumelles les Colonnes dans les faces que nous pensons attaquer.

Le deuxième jour, bien que la météo ne soit pas très clémente, Alexander et Agaal (le jeune garde du Parc) nous amènent 10 kilomètres à l’intérieur des terres, en direction d’un autre secteur de Colonnes, plus sauvages et jamais fréquentées. On croise des empreintes d’ours, qui semblent nous indiquer la présence récente d’une maman et de son petit (à ce moment-là, Agaal rentre précipitamment au camp, certainement peu à l’aise dans l’environnement peuplé d’ours…).

Conclusion des repérages : on a noté pour l’instant deux Colonnes dont l’escalade nous parait envisageable. Elles font 100 mètres de haut, environ.

Jour 11

Il pleut à nouveau, à grosses gouttes. On est confiné dans notre toute petite cabane, on essaye de faire sécher le linge humide au-dessus de nous, et on s’occupe au mieux. Certains lisent beaucoup, d’autres jouent aux cartes. On mange régulièrement, et on se prépare mentalement à l’escalade qui nous attend. L’engagement est de taille, sur un rocher aussi médiocre, et à des milliers de kilomètres de toute instance occidentale, organisée pour les secours. Ici, on ne compte que sur nous, et on tâche d’être prudent à tout moment, quoi qu’on puisse faire de sportif . . .

Thibault

Le camp et les Colonnes somptueuses…
(c) Clément Belleudy

Episode 3 : l’escalade Yakoute … tout une affaire de persévérance !

Jours 3, 4 et 5.
La pluie se dissipe en fin de matinée, le 3ème jour, laissant place à un magnifique soleil, qui réchauffe l’atmosphère et sèche rapidement les falaises. Il aura fallu être patient, lire, écrire, réfléchir, cuisiner, dans une ambiance fichtrement humide. Nous sommes prêts maintenant à en découdre pour respecter nos engagements de nouveautés sur le secteur.
Virgile s’arme de l’ensemble des coinceurs, et s’attaque à l’escalade traditionnelle d’une ligne très belle et très pure, de 35 mètres de haut, au rocher plutôt bon et sableux. Pendant ce temps, Alizée et Théo équipent les lignes du pilier. Cela donnera deux belles voies, quelque chose dans le 6a et quelque chose dans le 6c.

Virgile dans « Toto » (2 photos de gauche), et Théo dans la « Moula » (photo de droite)
Photos : Clément Belleudy

Le 4ème jour je remonte la ligne de Virgile en mettant des goujons et des plaquettes. Le tout doit valoir quelque chose comme 6b/6c. Et c’est sacrément esthétique. On la nommera « Toto », car sa voisine s’appelle « Zéro ».
On profite de la corde que j’ai installé le 2ème jour pour mettre un relais au-dessus de la fissure, qui finira par devenir une belle voie école pour l’escalade traditionnelle. On essaye la ligne dure, et on estime que ça vaudra le coup de l’équiper si les locaux sont demandeurs de voies difficiles (quelque chose comme 7b, sur micro-réglettes cassantes).


On essaye aussi les voies des Russes, qui sont malheureusement peu nombreuses mais de qualité. Dans la voie la plus dure déjà existante (surement quelque chose comme 7a), Théo se blesse au ménisque. Comme il a été opéré 6 mois plus tôt, il y a des chances que le ménisque soit de nouveau décollé. Il a du mal à marcher, et doit se faire à nouveau opérer en urgence, l’aventure va donc s’arrêter là pour lui et c’est un moment difficile à accepter. Il arrive à décaler son billet d’avion, et rentrera en France lorsque les 4 autres compatriotes partiront en direction des Colonnes de la Lena.


Jour 6 et 7
Les Yakoutes de la Fédération nous rejoignent en grand nombre. On doit en compter au moins une vingtaine. Le camp se remplit donc. Rapidement le feu est allumé, et des succulents repas vont se succéder dans les énormes marmites en fonte. Quelle que soit l’heure de la journée, les repas yakoutes sont à bases de féculents (riz, pattes, blés, …) et de viande en boite, le tout mijoté au-dessus du feu. Il est courant de manger beaucoup de pain, et d’ajouter des sauces en tout genre à la mixture, déjà plutôt calorique. Un soir, après le dessert, et à notre plus grand étonnement, nos hôtes préparent des tournedos de porc sur le feu, qui accompagneront ensuite des multiples toasts de vodka à l’amitié Franco-Yakoutes. Nous trouvons des stratagèmes inouïs pour décliner les derniers verres, et nous coucher encore lucides pour être frais le lendemain !


Les locaux s’attaquent sans aucune hésitation à nos voies, le plus souvent en grimpant en moulinette. Bien qu’ils se cassent les dents dans les mouvements techniques, même dans le 6a, ils adorent, et ils sont très heureux que le secteur s’agrandisse. Les jeunes (Vika, Tima, Sasha) nous confient que très peu de personnes dans la Fédération est habilité à ouvrir de nouveaux itinéraires, que le site et l’activité en pâtissent réellement.
Virgile profite d’un instant paisible en fin de journée pour faire un cours de pose de coinceurs à Tima et Sasha, réellement demandeurs de nouvelles connaissances. Ils essayent même la voie école en tête, chapeau ! Ces derniers pourront donc apprendre à leur tour aux autres yakoutes l’escalade traditionnelle, en débutant sur une voie qui s’y prête assez bien.

Thibault

Tima essaye la voie en trad – Vika essaye le 6a dans la Moula – Alexander et Yvan discutent agréablement aux bords de la Lena en regardant les grimpeurs – Virgile et Alizée apprennent à Tima à faire du TA !
Photos : Clément Belleudy

Episode 2 : solitudes humides

Après 5 jours intenses de logistique, de rencontres et d’organisation, un taxi/mini-bus nous attend devant le cottage. Il est grand temps de vivre l’aventure que l’on est venu chercher …

Arrivée au camp de base d’Elanka, sur les bords de la Lena, et déchargement du mini-bus
Photo : Clément Belleudy

Acte I : Elanka, la Rive aux Milles Merveilles

Au début, la route est goudronnée. Tous les kilomètres, le mini-bus fait un bond, lorsqu’il passe à 110km/h sur les jonctions du goudron éclatées par le permafrost. Au bout de deux heures, le goudron se faire rare, et la route se transforme en chemin de terre (plus ou moins cabossé). Ce changement n’inquiète guère nos amis locaux, qui ne descendent jamais en-dessous de la barre de 90km/h, quel que soit la qualité du revêtement.

 Il n’est pourtant pas loin de 16h, après 6h de route, lorsque le taxi attaque la descente en direction de la plage, afin de nous poser au camp de base d’Elanka (à plus de 20km de la dernière maison de pêcheur). Le conducteur et notre ami Alexander repartent pour Iakutsk, en s’étant assuré que l’on ne manque de rien. En 1h, nous montons le camp, composé de nos deux tentes de couchage et d’un barnum.

Virgile, équipé de son chapeau moustiquaire, le pantalon dans les chaussettes, s’attaque à la pêche sans plus tarder, pendant que les 4 autres se baignent et se douchent dans la Lena. Le paysage est grandiose, tout simplement. Après avoir traversé 150 kilomètres de plat, de forêts et de petits villages, nous voilà devant une immensité de sable et d’eau : la Lena à perte de vue, à droite comme à gauche, des arbres sur la rive opposée, et des falaises qui se perdent à l’horizon sur notre propre rive … Le camp est installé légèrement en retrait de la plage, dans une zone herbeuse, où un emplacement de feu nous indique les habitudes du lieu. On se rend vite compte que de nombreux plastiques et déchets en tout genre jonchent la plage et les alentours du camp, la notion d’écologie et d’éco-responsabilité ne semble pas autant développée ici que dans nos pays occidentaux.

Jour 2.

Il pleut à verse. Au réveil, je casse un arceau de la tente et perce la toile. Le barnum est lui aussi inondé. Une heure plus tard, on bloque l’ordinateur en faisant un transfert de données (problème de bluetooth). Décidément, ça promet une journée riche en bons moments et en ouverture de voies…

Aux alentours de midi, on trépigne, et on se motive rapidement à attaquer les accès par le haut des voies et le repérage, sous la pluie. Virgile, Théo et Alizée s’attaquent à l’accès d’un pilier de 40 mètres, qui se détache dans le paysage et semble propice à l’équipement d’au moins 2 lignes. Pour ma part, après une tentative infructueuse dans un goulet raide et terreux, j’opte pour la mission « exploration de la forêt Sibérienne » en solitaire, en faisant un détour gigantesque et en visant au flair le sommet des parois les plus hautes. Au bout de quelques heures, j’ai atteint mon objectif, et je pose une corde statique afin de descendre dans l’axe d’une fissure relativement sale, qui se tient à côté d’un mur raide et compact. Les trois amis ont atteint le sommet du pilier (en passant par derrière), ont mis également une corde statique dans les lignes, et ont commencé à purger et à chercher les mouvements esthétiques.

Le pilier en question, renommé « Petite Moula ».
Photo : Clément Belleudy

On est quand même rapidement trempé jusqu’aux os, et on bat en retraite.

Thibault

Episode 1 : l’arrivée à Iakutsk – les prémices de l’aventure

Virgile, Iana (ma chienne, une femelle Husky Sibérien de 6 ans) et moi, on arrive à Iakutsk le 7 août, à 9h30 du matin, heure locale. La ville respire une certaine ambiance asiatique, un mélange entre pays d’Asie Centrale et occident de l’Est. Alexander Spiridonov, notre référent Yakoute et vice-président de la Fédération d’Escalade et d’Alpinisme de Yakoutie, nous accueille à bras-ouvert. Nous retrouverons Alizée et Théo quelques jours plus tard, directement à Elanka.

 Après nous avoir fait découvrir son lieu de travail (école primaire), qui s’avère être également le QG de la Fédération, et nous avoir présenté l’interprète Natasha et les autres membres de la Fédération, nous rencontrons le directeur du Parc National des Colonnes de la Lena, avec qui nous devons peaufiner notre projet d’escalade sur le fameux site classé UNESCO. La fatigue a beau prendre régulièrement le dessus, j’arrive à me concentrer et à convaincre notre homologue Russe. Il est très fier de nous laisser découvrir le site des Colonnes, et espère que nous arriverons à escalader les colonnes. Comme la plupart des grimpeurs avec qui nous avons discuté avant, il nous met en garde contre la qualité du rocher.

Organisation du matériel, avec Thibault, Virgile et Alexander, à la salle d’escalade locale, dans l’école.
Photo : Clément Belleudy

Ce soir-là, nous découvrons le cottage. Ce sera notre camp de base à Iakutsk. Il s’agit d’une forêt, en périphérie de la cité yakoute, dans laquelle plusieurs cabanes en bois servent régulièrement de camp de vacances estival. Victor, un russe dont l’anglophonie s’approche du néant au grande sourire et gardien des lieux, incapable de comprendre que nous ne saisissons aucun mot de russe, nous apporte régulièrement des petits éléments de vie (bouilloires, casseroles, thé, café, etc) en débitant des indications dont nous ne comprenons absolument pas le sens. Au bout de quelques jours, on lui parlera français, en lui rendant son sourire, créant ainsi un dialogue de sourd mémorable. Iana est heureuse, elle gambade dans la forêt en essayant d’attraper des écureuils.

Iana garde le cottage pendant que l’on explore les alentours et que l’on découvre les petits supermarchés locaux
Photo : Clément Belleudy

A chaque fois que nous croisons une personne qui est au courant de notre projet de grimper les Colonnes de la Lena, elle essaye de nous dire en mauvais anglais : « you will die ».  Les Yakoutes parlent assez peu anglais : Alexander, tout juste suffisamment pour qu’on arrive à communiquer, les jeunes un peu plus, de telle sorte que la communication est agréable. Nous rencontrons également Ivan, un journaliste local, qui parlent très bien anglais, Italien, et qui travaille fréquemment avec la Fédération. Il nous suivra dans la première partie de notre périple, à Elanka, et fera un article sur notre rencontre verticale franco-russe à la fin de l’expédition.

Le 2éme jour, Alexander nous demande si nous accepterions de donner un cours « français » d’escalade aux enfants de l’école, sur leur structure SAE locale. Bien évidemment, on ne réfléchit pas longtemps, Virgile et moi on se lance dans cette expérience originale et unique. On parle anglais, mais les enfants nous comprennent surtout grâce aux gestes et aux démonstrations, on s’adapte aux niveaux et aux prises en résines vieilles et polies. Les exercices verticaux que nous confectionnons nous paraissent durs, mais les Yakoutes ont un excellent physique (même les plus jeunes !) et ils nous épatent littéralement.

le 3éme jour, nous organisons le matériel d’escalade, et nous prenons une journée de repos au cottage. Ce soir là, on partira pour le week-end découvrir Elanka, essayer les voies d’escalade de nos amis yakoutes, et repérer les futures lignes que l’on pourra ouvrir dans la suite de notre périple, lorsque l’on aura récupéré Clément.

Thibault

Premiers jours en Asie Centrale… euh, en Sibérie !

7 août 2019. 10h.
Nous voilà à peine arrivé à Iakutsk, encore dans l’aéroport. Iana (ma chienne, petite Husky Sibérienne), toute fière et toute calme arrive sur le tapis des bagages, après 15 heures de voyages… une grande fille !
En revanche, les aléas de l’aventure commencent bel et bien ! La valise de Virgile n’a pas transité entre Moscou et Iakutsk, et il semble habituel de recevoir certains bagages le lendemain de l’arrivée, à cause de la priorité qui est donnée aux bagages provenant directement de Moscou.
Petit détails, il est 10h du mat ici, mais dans notre horloge interne il est 3h du matin. Et évidemment, on a peu dormi… On commence donc naturellement à tourner un peu de l’oeil.

A Moscou, en se trompant gaiement de terminal…. convaincu de prendre un transfert international, on a failli se retrouver à Singapour !!

Alexander est un véritable professionnel de l’accueil, il parle un tout petit peu anglais (suffisamment pour qu’on puisse se reposer sur lui sur la partie communication en Russe), et il nous a prévu un programme de fou (on a pas vraiment la chance de pouvoir se reposer) !!
Tout d’abord, le « Caffe » pour le breakfast, ensuite un tour à l’école (comprendre « camp de base à Iakutsk/salle d’escalade/siège de la fédération locale), et rencontre/réunion avec le directeur du Parc des Colonnes de la Lena en début d’après-midi.

Après le brunch, en pleine digestion, et en s’étant « éteints » à cause de l’attente, c’est très dur de se concentrer, et de faire bonne figure devant le directeur du Parc. Heureusement, nous avons Natasha avec nous, qui parle couramment Russe et Français… fiou ! Je parle en Français, et Natasha traduit au fur et à mesure.
Au début le directeur nous affiche un visage très dur et très fermé… Inquiet et concentré, je me donne à fond pour me réveiller et vendre le projet avec humilité, confiance, optimisme, et professionnalisme.
Il finit par sourire, et nous raconter tout son amour pour les couleurs et la végétation du Parc. Très belle conclusion : « Ce serait dommage d’avoir fait tout ce chemin pour ne pas essayer, pour tout donner et pour y arriver ! ». Voilà donc une première victoire ! C’est officiel, nous serons avec les gardes du Parc au pied des colonnes pendant plus de 2 semaines, et nous pourrons cartographier les 80km de piliers, ainsi que tenter les itinéraires qui nous semblent pratiquables et majeurs !

Un peu de repos au « cottage » (comprendre « camp de base loin du centre ville, entouré de forêt, où l’on a une petite maisonnette, et où il y a une piscine !! »), et nous sortons rencontrer les amis d’Alexander, les gens de la Fédération, et encore une fois … discuter des pilliers !!!

8 août 2019.
Le réveil est brutal, la matinée assez complexe. Mais au moins on récupère le bagage de Virgile.
Cette après-midi (dans quelques minutes en fait..), on nous sollicite pour donner un cours d’escalade aux enfants, à l’école ! Quelle honneur ! On fêtera tout ça après, avec les gens de la fédération, en leur faisant gouter le génépi !

Ah si, dernière info, pas la moins important… on aura très peu accès au réseau au cours de l’aventure, donc pour les news .. : on fera peut être des épisodes en rentrant 😉 !!

Petite blagounette : après avoir passé 1h à chercher un supermarket pour acheter de la vodka et des croquettes pour Iana, on tombe Virgile et moi sur une grande affiche publicitaire…. elle vaut le détour !

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Thibault

D’une idée aux vents de Sibérie …

Octobre 2018.
Je montais avec Alizée par le pal de Fer pour rejoindre Saint Hilaire à pied, un matin, pour un « plouf » aérien matinal. On marchait, on suait, on souriait, et on refaisait le monde. La fin de mon contrat de thèse arrivait rapidement. Quant à la rédaction de mon manuscrit, c’était une autre histoire. Alizée, elle aussi docteure, commençait à se réorienter vers les métiers de la montagne.
Que comptais-je faire après ma thèse ?
En voilà une question qu’elle est intéressante.
Une seule réponse me vient en tête… une idée ancrée, indestructible, et pourtant si laborieuse et ambitieuse.
En revanche, ma réponse aujourd’hui sera plus rêveuse et plus originale. Et pourquoi pas partir en expédition !
On divague… sans réelle destination et sans objectifs.

Mais l’idée me poursuit, grandissante et lumineuse, occultant de mes pensées toutes considérations scientifiques (qui m’auraient pourtant fait économiser quelques mois de thèse !).

Je craque.
Je me pose sur l’ordinateur, et je me met à chercher une destination incongrue, où il y aurait du caillou encore vierge, et une population novice dans le milieu, avec laquelle nous pourrions construire quelque chose.
Mon point de départ est les Balkans. Je cible une frontière épineuse que j’ai un jour vu en photo dans un magazine… sans résultats. Rien à faire, je ne retrouve pas la frontière en question. Mes idées errent en Asie, du côté du Khirguizstan que j’avais beaucoup apprécié quelques années auparavant… puis convergent vers la Russie. Un immense pays qui m’attire depuis plusieurs années, plutôt pour ses plaines blanches hivernales et sa culture nordique.
Quelques mots clés, une petite heure de procrastination, et je finis par tombé sur les fameuses colonnes… les « Lena’s Pillars ».

Fiou… quel démentiel secteur !!
Des piliers de 100 à 200m, d’une couleur extraordinaire, s’étendant à perte de vue, aux abords d’un magnifique fleuve… et surtout, aucune info sur la grimpabilité des structures. Ça, ça sent bon l’ouverture !!
Deux minutes plus tard, me voilà devant le site du Parc National et de l’UNESCO… tout les deux hébergent et protègent les somptueuses colonnes. Ah, ça, ça sent moins bon les autorisations … !

Qui ne tente rien, n’a rien… essayons de demander des infos aux locaux. On sera vite fixé.

crédit photo : Vladimir Trofimov

2 semaines plus tard.
Je clique sur le bouton « envoyer ». Le mail, rédigé en anglais, est à destination de la Fédération de Montagne et d’Escalade de Yakoutie (grâce au contact que mes amis Russophones ont pu déniché sur le web Sibérien).
Je demande donc des informations sur la grimpabilité des colonnes, autant au niveau rocheux qu’au niveau légal, et je présente mon idée : aider au développement de l’escalade dans des régions un peu reculées et faire un film inter-culturel sur l’escalade et les rencontres humaines autour de ce sport.
Il fallut pas plus de quelques jours à un certain Alexander Spiridonov pour me répondre. Vice-président de la Fédération, ce cher Alexander est très enclin à nous recevoir, et trouve les idées du film et de la rencontre excellentes ! En revanche, il me met en garde sur la qualité du caillou des colonnes de la Lena, qui est extrêmement médiocre, et donc peu grimpé… il va falloir des « techniques alpines » d’après lui, que eux ne maîtrisent pas réellement.
Il faudra également demandé l’autorisation au Parc Naturel des Colonnes (nommé Parc de Lenskié Stolby), avec l’aide et le soutien de la Fédération d’Alexander.

Beaucoup de travail au programme, certes. Mais avec l’espoir de partir en Sibérie vivre une aventure extraordinaire, humaine et sportive, au delà des frontières du possible…

Nos amis locaux, au pied des colonnes, avec la belle plaque « UNESCO »

Début mai 2019.
Tout s’accélère.
Le FODACIM décide de soutenir notre projet de film sur les rives de la Lena. Le Comité Départemental de l’Isère de la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagnes (FFCAM) nous soutient également financièrement, et grâce à des lettres officielles de recommandations me permet de décrocher les autorisations officielles du directeur du Parc Naturel des Colonnes.
Alors que la persévérance et l’espoir commençait à doucement m’abandonner, me voilà de nouveau hyper motivé, prêt à en découdre ! Une seule idée en tête : grimper en Sibérie en août !!!

Fin juin 2019 / Début juillet 2019.
C’est le moment de vérité.
Il faut faire les demandes de VISAs. Les Yakoutes, toujours à fond, nous attendent avec confiance.
Ici, en France, c’est plus complexe… l’équipe est pleine d’incertitudes (logistiques, financières, dynamiques…). C’est une période difficile : chacun doit choisir, doit payer son VISA et son billet. Rien n’est calé, c’est le plaisir délicat de toute grosse expédition… Rien n’est calé, et tout prend beaucoup de temps, et il y a des constantes logistiques et financières que l’on ne maîtrise pas. Il faut l’accepter, et avancer dans cette situation.
L’équipe est au final légèrement modifiée..
On renonce au financement participatif.
On croise les doigts, on s’investit, on communique… on y croit.
Virgile, grimpeur des Equipes Jeunes Alpis, et Clément, ami photographe, remplacent Océane et Aphélie, qui voguent doucement vers d’autres très beaux projets estivaux.

La fine équipe (sans Virgile, qui n’est pas trop loin, rassurez-vous !), prête au grand départ.
Photo : Clément Belleudy

10 juillet 2019.
Les billets d’avion sont pris, les demandes de VISAs sont en cours de traitement. Tout se met en place.

Et hop … retournement de situation !
Un appel de Nicolas. Réactivité.
Espoir. Persévérance.
Puis l’appel de Solène.

C’est officiel : un désistement dans les lauréats des Bourses Expés 2019 nous permet d’être ré-haussé d’une place… nous voilà donc lauréat des Bourses Expés !
Nouvelle inespérée. Vitesse supérieure. Concentration.
Tout est rapidement ficelé, et les envoies de matériel gérés.

On déballe les cartons de matériel, avec des énormes sourires. On trie tout ça, et on se prépare à l’expédition…
Photos : Clément Belleudy
Merci à #Beal #KatadynGroup #Petzl #Ferrino #VerticalMountain #slack.fr #boursesexpe2019

Hier. 30 juillet 2019.
Tout le matériel est reçu. Le blog est prêt. Je parle au présent, j’ignore l’avenir, et je tremble d’excitation.
Nous nous retrouvons une dernière fois avec Alizée et Théo, afin de les briefer pour la prise d’image, pour l’évènement à Elanka, et pour remplir leurs valises avec le matériel commun.
Et surtout… une séance photo et remerciements à l’ensemble des partenaires !! Ils nous ont tous comblés, comme si c’était Noël avant l’heure. Grâce à eux tous, on a tout le matériel nécessaire pour attaquer gaiement ces grandes colonnes de granites karstiques, pour ouvrir de beaux itinéraires que l’on compte bien topographier et partager avec nos amis locaux.

Comptez sur nous, on va faire plein de belles photos, plein de belles images, et on vous partagera nos récits au fur et à mesure de l’aventure (au mieux) !! 😀

Thibault
porteur et narrateur du projet
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